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Petite histoire du lobby de la vidéosurveillance à Paris

Voir en ligne : [Slate] Vidéosurveillance : la cam très rentable de l’Île-de-France

En juin 2011, State publiait une analyse et un historique du lobby de la vidéo-surveillance francilienne : stratégies de persuasion et capitulation des élus, sans que soit jamais prouvée l’efficacité de ces dispositifs.

Depuis 15 ans, l’Île-de-France est truffée de caméras. Les vendeurs en ont fourgué à tout le monde, aux entreprises, aux particuliers, et surtout aux collectivités qui en saturent l’espace public. La gauche francilienne, longtemps réticente, est maintenant à la pointe du mouvement. Megalopolis analyse un lobby qui a bien réussi son coup. (…)

Selon le ministère de l’Intérieur, en 2006, 1.142 communes franciliennes étaient déjà équipées. Depuis, ce chiffre explose, sous la pression conjointe du gouvernement et du lobby de la sécurité.

Car il ne faut pas s’y tromper : la vidéosurveillance urbaine est un gâteau énorme, qui pèse déjà plusieurs centaines de millions d’euros. Une véritable manne d’argent public pour les entreprises du secteur. (…)

Au commencement, il y avait beaucoup de monde à convaincre. L’État, bien entendu, dont certaines oreilles se montrent vite fort à l’écoute. Les élus locaux ensuite, et au premier chef les maires. Eux seuls ont la compétence de la sécurité sur leur territoire et le pouvoir d’équiper la ville en caméras. L’opinion, enfin ; c’est peu dire qu’au milieu des nineties elle ne se montre guère favorable. « En réalité, depuis 1995, il y a un glissement vers un État promoteur de la vidéosurveillance », analyse Tanguy Le Goff, sociologue spécialiste de la sécurité urbaine et chercheur à l’IAU-IDF (Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France). L’affaire démarre doucement. Première étape en 1995 : à la suite de son expérimentation, Balkany dépose une loi pour « encadrer » la vidéosurveillance –en fait, la favoriser–, conjointement avec un autre député, dénommé Nicolas Sarkozy.

Pendant dix ans, les petites machines naissent bien ici ou là, mais ce n’est pas vraiment le grand soir de Big Brother dans les villes franciliennes. Il faut passer à la vitesse supérieure. Dominique Legrand fonde l’AN2V, l’Association nationale des villes vidéosurveillées, un bidule type loi 1901 créé par les boîtes du secteur. On y reviendra. Surtout, politiquement, ça avance. Une équipe prépare son ascension au pouvoir, et elle aime bien la vidéo un peu partout dans les rues. Un événement a marqué décideurs et opinion : les attentats de Londres. « Ça a été un tournant », se remémore Tanguy Le Goff. « Après les attentats de Londres, le gouvernement a décidé de mettre le paquet », renchérit Dominique Legrand. Bizarre : Londres est la ville la plus vidéosurveillée au monde, et cela n’a rien empêché, s’étonnent les détracteurs.

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